Ecrire. Six lettres qui en renferment tellement. Ecrire. Ou coucher des mots, sur du papier, sur un écran, sur une main, une table, un mur. Se délivrer d'un sentiment, d'une pulsion, d'une inspiration. Déverser ce ressenti qui s'est accumulé dans ta gorge, dans ta tête, dans tes doigts, si impatients de décharger ces mots, ces courbes et autres arabesques. Enfoncer tes doigts sur les touches de ton clavier, qui n'est pas si différent du clavier de ton piano. Tu continues à créer des mélodies, des sensations, des couleurs, des mondes, des rêves. Tu te donnes, tu te livres, tout en toi se met à bouillir. Tu aimerais tout sortir d'un coup, à l'état brut. Tu halètes, tes doigts tapent de plus en plus vite, tes idées se cheuvauchent, tout cela va trop vite. Tes yeux brûlent, restés grand ouverts, avides de voir le tableau de tes mots, de ta création. Tu laisses une trace de ton existence, de ton passé, de ta vie aux yeux de tous. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, ce texte sera lu par quelqu'un, il sera passé à travers les yeux d'une inconnue, quelqu'un t'aura lu, quelqu'un te connaitra sans vraiment te connaitre. Il aura assisté aux tréfonds sombres de ton âme, dont tu ne connais même pas l'existence. Les gens te déchiffrent sans que tu ne le saches. Tes écrits, tes lignes, laissés comme un sillon de sang sur cette peau pâle que tu vois ici. Ces mots coulent en toi, ils traversent tes organes. Ils viennent en même temps que les battements de ton coeur.
Tu écris, et tu pleures, de pouvoir enfin réussir à mettre des mots sur cette haine qui était là, depuis si longtemps. Tu laisses ton esprit parler, pour toi. Tu as parfois recours à l'écriture automatique, juste pour voir. Et tu découvres ce que tu refusais de voir jusque là. Effrayant? Non, troublant.
Ecrire, cette merveille donnée aux Etres que nous sommes. Ecrire, se libérer, s'amuser, travailler, jouer, inventer. Que cela soit réussi ou non, attirant ou non, tu envoies tout en l'air. Peu importe. Tu t'es purifiée, et c'est amplement suffisant.
Pour quelques autres textes, de moi, c'est ici . Photo : Berlin, je ne sais plus où, la nuit.